mardi 15 novembre 2016

*** léger vent qui amasse les pierres sur les stèles – une enveloppe fantomatique qui tient lieu d’instant tranquille et solitaire où tout revient comme au premier jour***

"La relation intime de l’inquiétude à la naissance de quelque chose est en exergue – je m’installe sur la corde tendue. Cela restera caché, jusqu’au véritable déclenchement – l’on donnera la clé qui séquencera le postulat et le postulé. Le degré de réalité est très bas, celui de sincérité élevé en canon.
Ce journal a commencé bien avant ce jour – mais l’inquiétude du gaspillage ne sera naît qu’aujourd’hui et aura motivé son ouverture – l’idée que parler de construire Ur est déjà une construction d’Ur est fausse – l’effacement des traces, total, l’annihilation d’un temps en arrière étendu, sont impossibles – on doit inventer un art qui absorbe ses ratures et ses déplacements dans un tableau final. Il y a à ce jour 13 résidents d’Ur, partiels, totaux, continus et discontinus – ils ne communiquent qu’avec l’ombre, jamais ne se rencontrent – l’un a proposé de faire valoir la voix de la ville par des ondes autres que la voix, un autre d’installer un mémorial informatique; la plupart promet et de bonne foi participer aux offices de la ville sur un sol où s’étalent, indiscernables, les roches volcaniques et les débris des ruines. Ce sont des travailleurs dans l’âme qui ont leur corps en devenir.
Ils sont venus à ce monde sans acte de naissance, avec un nom à peine, des manières intelligentes et fortes de nouer les histoires d’autres êtres – si fortes dans leur voix et dans le parcours étendu de leur œil qu’en les entendant parler on les croirait réels – tous hybrides de tous les mondes, mélangeurs des temps, ils métabolisent les projectiles et les suivent aux tracées qu’ils opèrent dans l’éther: ils promettent de créer le ciel – c’est tout ce que je peux dire d’eux, après les avoir, au cours de nos machinations catastrophistes, entraperçus touchant des extrémités des mondes, invoquant des scarabées-inamovibles pour donner figure actuelle à ce qui n’en a pas (des masques), résolvant l’ésotérisme machinique à même le papier (des formules), retenant avec grâce le souffle d’un siècle passée dans le chiffon pulmonaire (des rituels), libérant l’origami vestimentaire pour calmer les corps (des tenues), s’interrogeant sur la réversibilité du temps pour froisser les esprits (des chants) – et d’autres habitus étranges et fascinants dont il sera question plus tard. J’ai peur de les perdre.
Non pas de se réveiller d’un rêve – mais faire semblant d’avoir rêvé, et voir qu’il n’a jamais été question que de ne se réveiller qu’à demi, que de ne dormir qu’à moitié."

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