"La relation intime
de l’inquiétude à la naissance de quelque chose est en exergue –
je m’installe sur la corde tendue. Cela restera caché, jusqu’au
véritable déclenchement – l’on donnera la clé qui séquencera
le postulat et le postulé. Le degré de réalité est très bas,
celui de sincérité élevé en canon.
Ce journal a
commencé bien avant ce jour – mais l’inquiétude du gaspillage
ne sera naît qu’aujourd’hui et aura motivé son ouverture –
l’idée que parler de construire Ur est déjà une construction
d’Ur est fausse – l’effacement des traces, total,
l’annihilation d’un temps en arrière étendu, sont impossibles –
on doit inventer un art qui absorbe ses ratures et ses déplacements
dans un tableau final. Il y a à ce jour 13 résidents d’Ur,
partiels, totaux, continus et discontinus – ils ne communiquent
qu’avec l’ombre, jamais ne se rencontrent – l’un a proposé
de faire valoir la voix de la ville par des ondes autres que la voix,
un autre d’installer un mémorial informatique; la plupart promet
et de bonne foi participer aux offices de la ville sur un sol où
s’étalent, indiscernables, les roches volcaniques et les débris
des ruines. Ce sont des travailleurs dans l’âme qui ont leur corps
en devenir.
Ils sont venus à
ce monde sans acte de naissance, avec un nom à peine, des manières
intelligentes et fortes de nouer les histoires d’autres êtres –
si fortes dans leur voix et dans le parcours étendu de leur œil
qu’en les entendant parler on les croirait réels – tous hybrides
de tous les mondes, mélangeurs des temps, ils métabolisent les
projectiles et les suivent aux tracées qu’ils opèrent dans
l’éther: ils promettent de créer le ciel – c’est tout ce que
je peux dire d’eux, après les avoir, au cours de nos machinations
catastrophistes, entraperçus touchant des extrémités des mondes,
invoquant des scarabées-inamovibles pour donner figure actuelle à
ce qui n’en a pas (des masques), résolvant l’ésotérisme
machinique à même le papier (des formules), retenant avec grâce le
souffle d’un siècle passée dans le chiffon pulmonaire (des
rituels), libérant l’origami vestimentaire pour calmer les corps
(des tenues), s’interrogeant sur la réversibilité du temps pour
froisser les esprits (des chants) – et d’autres habitus étranges
et fascinants dont il sera question plus tard. J’ai peur de les
perdre.
Non pas de se
réveiller d’un rêve – mais faire semblant d’avoir rêvé, et
voir qu’il n’a jamais été question que de ne se réveiller qu’à
demi, que de ne dormir qu’à moitié."
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